Giuseppe Pagano sur la RTBF : « La digitalisation de l’économie fait courir des risques à l’emploi »

Quinze économistes belges ont fait part de leurs prévisions pour 2017 à la RTBF. Parmi eux, Giuseppe Pagano, professeur et vice-recteur de l’Umons.

Article publié sur le site RTBF.be le 6 janvier 2017

Sur l’économie belge

Optimiste ou pessimiste ? Je suis pessimiste pour le budget (en particulier parce que les coûts du vieillissement vont peser de plus en plus, alors que la croissance est insuffisante) et un peu plus optimiste pour l’économie : on on peut croire que les mesures de réduction des coûts salariaux vont enfin donner des résultats en matière d’emploi. Cela risque, cependant, d’être compensé par les effets de la digitalisation dans un contexte de croissance insuffisante.

Qu’est-ce qui vous inquiète ? L’absence de croissance en Europe qui est notre principal marché d’exportation, et qui limite nos propres possibilités de croissance, même si nous gagnions quelques parts de marché grâce à la politique salariale (laquelle a, cependant, un coût budgétaire non négligeable, d’où mon pessimisme. Cette absence de croissance, conjuguée à la digitalisation massive de l’économie fait courir des risques importants à l’emploi. Inquiétante aussi l’absence d’une politique décidée et coordonnée de lutte contre les inégalités en Europe.

Que pointez-vous comme facteur positif ? Le renforcement de notre compétitivité salariale (mais attention, la compétitivité salariale n’est pas toute la compétitivité).

Quelle est la mesure indispensable ? Un plan de relance des investissements publics (plus important et plus décisif que le plan Juncker), mais cette mesure doit être rendue possible et coordonnée par l’Union Européenne ; elle est, dès lors, peu probable.

Sur l’économie internationale

Optimiste ou pessimiste ? Plutôt pessimiste.

Quels sont les éléments-clés à suivre ? Le basculement ou non des grands états (Etats-Unis, Union européenne, Allemagne) vers une politique budgétaire active qui viendrait en soutien de la politique monétaire.

D’où viendra, ou non, la croissance ? La croissance à long terme vient de l’amélioration de la productivité, mais pour l’année prochaine (à court terme donc), il faut davantage compter sur les plans de relance. Les mesures annoncées en matière d’infrastructures publiques par M. Trump (même si le personnage ne correspond pas à vision de ce que devrait être un Président des Etats-Unis) et M. Fillion, s’il est élu, (même si son conservatisme ne correspond pas à ma vision de ce que devrait être la République française, laïque et républicaine) pourraient aller dans le bon sens. Elles pourraient surtout « forcer » l’Union européenne à adopter, à son tour, un plan de relance ambitieux.

Que faut-il attendre de l’économie européenne ? ? Hélas pas grand-chose. C’est précisément le problème.

Un souhait pour 2017

Un plan de relance européen des investissements publics sur 5 ans, d’un montant de 3 à 5 % du PIB de l’Union. Comme tous les voeux de début d’année, il y a une part d’optimisme, mais bon… vous posez une question, j’y réponds.

Retrouvez ici les prévisions des 14 autres économistes interviewés.

Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics.

Sur l’économie belge

Optimiste ou pessimiste ? Je suis modérément optimiste. La relance dans la zone euro, quoique toujours faible, continuera sans doute, sans incidents de parcours. Le renforcement du dollar améliorera aussi la compétitivité belge. Par contre la hausse des prix pétrolier est un risque.

Qu’est-ce qui vous inquiète ? L’incertitude qui provient des élections françaises et allemandes, mais aussi l’incertitude en ce qui concerne la politique économique américaine. Dans la mesure ou Trump avale ces promesses de protectionnisme l’effet de cette politique (politique d’investissements publics) pour nous devrait être positif. Si par contre il lance un guerre commerciale l’effet serait désastreux.

Que pointez-vous comme facteur positif ? Que l’emploi continue à augmenter. Cela devrait soutenir la relance

Quelle est la mesure indispensable ? L’investissement public devrait augmenter de façon considérable.

Sur l’économie internationale

Optimiste ou pessimiste ? Je suis plutôt neutre. Il y des signes positifs. Un certain optimisme règne. Par contre cela pourrait être de courte durée si Trump lance une guerre commerciale. J’ose espérer que son entourage le retiendra de faire des folies.

Quels sont les éléments-clés à suivre ? En premier lieu la politique économique américaine. En deuxième lieu une victoire du Front National qui serait un cataclysme.

D’où viendra ou non la croissance ? Elle viendra en grande partie des Etats Unis.

Que faut-il attendre de l’économie européenne ? J’attends à ce que la relance continue dans la zone euro à moins que les élections en France tournent au désastre.

Un souhait pour 2017

Que les tendances populistes puissent être arrêtées grâce à des bonnes performances économiques qui profitent à tout le monde.

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