Mésentente cordiale sur les transferts

C’est devenu une tradition. A chaque rentrée académique, les facultés universitaires font le maximum pour avoir un invité « de marque » pour ouvrir l’année académique. Hier, la faculté d’économie appliquée de l’université d‘Hasselt a fait coup double pour sa séance inaugurale, puisqu’elle a réuni hier deux ministres-présidents, le nationaliste flamand Geert Bourgeois et le socialiste wallon Paul Magnette, désireux de « combattre les clichés sur la Wallonie ».

Article de Jean-Paul Bombaerts parue dans le journal L’Echo du 20 septembre 2016.

C’est Bourgeois qui avait fixé rendez-vous ce 20 septembre pour répondre à des propos tenus par Magnette le 20 juillet dernier. Ce jour-là en effet, le premier wallon avait laissé entendre que les transferts financiers entre la Flandre et la Wallonie étaient en parti compensés par le fait que la Wallonie est le premier marché d’exportation pour les entreprises flamandes. D’après une récente étude de l’lweps (l‘institut wallon de statistique), 100 euros investis en Wallonie génèrent une plus-value de 36 euros en Flandre, pour 31 euros seulement en Wallonie. Autrement dit, la Flandre profiterait plus de la prospérité wallonne que la Wallonie elle-même.

Et c’est dans un néerlandais impeccable que Paul Magnette a réitéré hier cet argument devant un auditoire archi-plein. Ce qui lui a valu au passage un petit compliment de la part de Geert Bourgeois : « je rencontre beaucoup de jeunes Flamands qui sont loin de s’exprimer aussi bien en français que Paul Magnette en néerlandais », a lancé le numéro un flamand.

Sur le fond, Paul Magnette a aussi tenu à relativiser l‘ampleur des transferts nord-sud, estimés par le professeur Julien Vandernoot (Université de Mons) a 290 euros par an par habitant en Flandre. « C’est moins que d’autres pays fédéraux comme la Suisse, le Canada on l’Allemagne. »

Par contre, le ministre-président wallon ne souhaite nullement le statu quo. « Essayez d’imaginer à quel point il peut être humiliant de s’entendre dire que vous vivez aux frais de votre voisin. Mon plus grand souhait est que les transferts ne soient plus nécessaires. La Flandre peut nous aider en investissant en Wallonie. »

Geert Bourgeois ne s‘est, pour sa part, pas laissé convaincre par les arguments de son homologue. « Cela fait longtemps que je suis dans la politique et j ‘ai déjà entendu quelques fois les Wallons demander un délai supplémentaire de dix ans. » Il ne se dit pas opposé à des mécanismes de solidarité, pourvu qu’ils soient transparents, temporaires et responsabilisants. « Or les transferts entre la Flandre et la Wallonie, qui sont de l’ordre de 6 milliards d’euros par an (soit quatre fois l’estimation du professeur Vandernoot, NDLR), ne répondent à aucun de ces critères. » Bourgeois réfute également l’argument qui ramène les échanges commerciaux à une forme de transfert. « Si les Wallons achètent des biens et des services en Flandre, ce n’est pas par philanthropie. 0n pourrait aussi parler de l’excédent commercial de 15 milliards d’euros de la Flandre vis-à-vis de l’Allemagne, sans pouvoir prétendre qu’il s’agit là d’un transfert financier. »

 Copyright L’Echo

Laisser un commentaire